Slide-Dissection-1 (Creative Commons Great Beyond)

Dissection #1

Ames sensibles, s’abstenir…

Ca se passe dans une salle tout au fond du pôle recherche de notre fac.
On m’avait prévenu : « Ca va sentir dès la porte d’entrée ». Et bien, c’est pas vrai! J’avais préparé le baume du tigre au cas où mais ça ne sentait rien. Est-ce parce que les corps sont « frais », parce que le chauffage est en panne depuis 3 jours ou bien les 2 en même temps, en tous cas ça ne sentait pas grand chose. On en reparlera sûrement dans une ou deux semaines!

Retournons à cette salle. La salle, je l’avais déjà vue lors d’un ED d’anatomie. Quand vous poussez timidement la porte la première fois, vous vous attendez à une véritable boucherie. En fait vous avez de la chance, les vestiaires arrivent avant la boucherie et vous gagnez un peu de temps pour vous préparer mentalement. Et en plus le jour de cet ED il n’y avait pas de corps.
Vous pouvez alors admirer l’architecture : une grande salle haute et froide (car déjà sans chauffage), des tables de dissection en céramique, des coupes anatomiques de cerveau. On se croirait dans un film. L’ambiance est glauque, les murs peints d’un vert qu’on ne voudrait voir ailleurs. La lumière est spéciale, apportée par des néons aux couleurs verdâtres au dessus de chaque table de dissection.

Fin du flashback, retournons à aujourd’hui. Nous attendons dans le couloir et nous rions beaucoup. Il y en a un par exemple qui raconte qu’il vient de manger un bon steak haché (il est 13h30 alors). L’humour nous aide à évacuer le stress qui je pense est présent chez tout le monde. Un assistant vient nous chercher. On traverse le vestiaire puis sans se changer la salle de dissection.
Quel froid dans le dos! Les corps sont là, sur les tables. Il y en a une dizaines, les autres années c’étaient plutôt 30. Au début j’ai cru qu’ils étaient momifiés. Mais en fait non, c’est bien leur couleur de peau, ce gris presque blanc. Leur tête est couverte… quand ils en ont une. Certains corps sont déjà bien amochés par les étudiants qui sont passés avant nous.

Nous passons donc rapidement pour nous retrouver dans un petit amphithéâtre. Là on nous passe une petite vidéo : « Bases de dissection en PCEM2 ». Tout le monde rit encore. La musique classique ne suit pas du tout avec les plans de dissection qui sont projetés. Et cette manière de présenter les choses me fait instinctivement pensé aux vidéos présentes dans les Simpson. Vous savez les vidéos éducatives de Troy McLure.

La vidéo est finie, il va falloir passer à l’acte. Je suis en binôme avec M. (fille) Sujet : Table 4 face antérieure du poignet de la main et d’un doigt. C’est pas vraiment ce qu’il y a de plus facile mais au moins on aura pas trop de graisse!

Direction le vestiaire. Chacun prend son temps pour se préparer comme pour retarder cette confrontation directe avec la mort. Allez, on se lance!

Direction table 4. Une personne âgée, apparemment trachéotomisée, en tous cas elle a une tête.
M. ne semble pas très prête, ça ne fait rien je vais commencer. Je monte le bistouri (j’adore faire ça!). Je me prépare à faire les incisions, seulement je me rends compte que la main n’est pas à plat. Je vais écraser la main contre la table pour l’aplatir un peu…. Wouhah! Qu’est ce que c’est dur et froid! Les muscles sont totalement tétanisés
C’est bon, c’est plat maintenant. J’entame les incisions sans l’ombre d’un doute. Finalement une fois qu’on est dedans depuis 2 min on ne pense plus qu’à bien faire la dissection. Je commence par récliner la peau et enlever la graisse, c’est un peu embêtant surtout au niveau de la loge thénar (muscles du pouce sur la paume de la main) où j’incise une peu trop profondément et coupe un petit peu un muscle. C’est amusant comme on retrouve certaines textures : certains muscles ressemblent à du poulet, d’autres à du boeuf. Enfin passons.
Pendant ce temps là, d’autres, surtout ceux qui s’occupent de la région de la fesse, dégagent des couches de graisse inimaginables sans jamais apercevoir un seul muscle.

Au bout d’une heure, c’est déjà la fin, il faut démonter le bistouri, nettoyer et s’en aller.

En tous cas je pensais que ça serait plus difficile que ça. Dans une semaine, il faudra aller un peu plus près de l’os.

Nb: La photo qui illustre l’article est bien entendu une mise en scène photographique.

Mdkart

Interne en anesthésie réanimation à Lille, je présente sur ce blog des tranches de ma vie et mes passions : voitures sportives et moto, photo, nouvelle vague Jazz-Blues (Katie Melua, Fredrika Stahl, Melody Gardot, Nikki Yanofsky...) et autres musiques... Pour toute information, n'hésitez pas à me contacter

Articles pouvant vous intéresser

3 réponses à “Dissection #1

  1. Je réponds à ton commentaire sur mon blog ^^

    Disons que parfois, j’étais tellement concentrée sur mes mouvements et mon travail que je n’y pensais pas. Puis d’un seul je me disais « Mais merde Perrine, c’est quand même un corps humain que tu dissèques ! », et là je passais le relais à ma binôme !

    T’as de la chance pour le rhume… Quoique tu dois respirer par la bouche, imagine si un bout de gras (ou autre !) saute et t’arrive dans la bouche 😮 !!

    Pour demain, je prévois le masque !!

    Moi j’suis pas enrhumée, j’ai le coccyx cassé…

    1. Ah oui, j’avais pas penser à la projection de gras.
      Enfin moi ça va, c’est la main et il n’y a plus de gras, on a tout enlevé!
      Bon courage pour la fin!

      Edit: ton commentaire a été mis en ligne seulement maintenant parce qu’il avait été signalé comme un spam. Vas savoir pourquoi…

  2. Souvent confronté à la meme situation que vous, je me suis appercu que la concentration sur mon travail me perservait des odeurs et visions qui auraient pu me mettre mal a l’aise….
    Par contre souvent apres une intervention, j’ai souvent eu besoin de me laver les mains…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *